Et un jour, l’humanité la saisit.

Elle s’était juré de faire pareil. Elle aussi, se noyer dans la foule et la meute. Elle aussi, d’apprendre le partage. Elle avait juré. C’était tellement au-dessus de ses forces qu’elle ne tenu même pas une nuit. À l’échelle humaine, on pouvait parler d’environ trois semaines. C’était tellement peu et si long à la fois. C’était trop. Elle avait atteint ses limites ultimes. Elle avait compris du même coup ce qu’elle voulait pour sa vie, son avenir…

Elle s’était trouvée dans cette épreuve. Elle avait retrouvé la foi, mais pas en lui. En elle. Elle croyait à la vie, à ce qu’elle pouvait en faire.

Elle avait juste besoin de couper ces chaines qui l’avaient tant meurtries ces dernières heures. Elle n’aurait jamais cru avoir la force de faire ça. Vraiment. Pourtant… ce soir là, elle regarda ses ailes… monta de nouveau au sommet de cet arbre. Il sentait sa force, son énergie.

Elle ferma les yeux, implora la nature entière de le laisser dans son existence, un jour… avec l’humilité dont il saurait faire preuve et le recul vital qui lui serait nécessaire pour revenir avec un rôle moins central, moins destructeur, moins impliqué… moins noir… À ce moment là, du haut de son arbre, elle vit une silhouette qu’elle ne connaissait pas mais dont elle était sûre de l’existence. Elle l’avait ressenti depuis quelques temps mais n’avait pas encore pu prouver qu’elle avait raison. Le loup noir. Effrayant mais protecteur. Il était là, dans l’ombre, avec ce regard qui glaçait le sang autant que le coeur… pourtant elle savait qu’il ne lui ferait pas de mal. Il guettait mais n’était pas oppressant. Il avait sa part d’ombre même en pleine lumière. Il restait là, obscur aux yeux de tous. Il se dévoilait en cette minute, comme pour lui dire « je suis là, ne foire pas ».

Elle savait qu’elle devait le faire. Ce n’est que comme ça qu’elle serait enfin en paix avec elle-même. Pourtant, ce pas comportait un risque énorme: la vie. Elle voulait apprendre la vie. L’humanité. La mort, peut-être. Elle voulait sentir cette vie dans chaque veine. Ce risque d’aimer. Ce souffle de feu lors des peines. Ce froid qui la saisirait en hiver. Cette neige qui lui causerait des frissons. Ce soleil dont il faudrait se protéger car elle ne pourrait plus s’en faire un allié. Elle voulait pouvoir tomber malade, pour le bonheur de se soigner. Elle voulait avoir peur pour ceux qu’elle aime. Tout ce qui fait de la vie une épreuve quotidienne autant qu’une montagne de petits bonheurs qui, côte à côte, feraient d’elle une femme accomplie. Et non une fée. Une femme, fière d’en être une.

Un craquement d’allumette. Elle savait que le feu ne la brûlerait pas mais emporterait ses ailes.

Du haut de cet arbre, elle sauta. Une dernière fois. Chaque mètre la rendait plus humaine. Chaque mètre, elle ressentait un peu plus fort la chute. Chaque mètre la rendait vivante. Si vivante… Elle s’affranchissait.

Quelques mètres avant le sol, elle se rendit compte que son coeur battait. Que la peur la saisissait. Elle pouvait mourir. Elle était humaine. Elle devenait elle-même. Est-ce que l’impact lui ferait mal ? Est-ce qu’elle se tuerait ? Une larme tomba de son oeil gauche en direction du sol. Combien de temps avait-elle mis à l’atteindre… elle ne le savait pas.

Elle ferma les yeux. Compta…

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21 bordel c’était long. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28….

28. Pourquoi ce chiffre, avait-il un sens ? Elle s’arrêta de compter en atterrissant sur une aile. Une plume blanche. À deux centimètres du sol. Encore une fois, elle n’avait pas vécu l’impact. On l’avait rattrapée au vol. Sauvée ? Peut-être.

Humaine. Enfin. Tout ça pour commencer à croire aux anges…

 

 

À ceux que la vie a poignardé et qui ont leur revanche…

Souvent ces temps, vous m’avez émue.

vous que la vie n’a pas épargné… vous qu’elle a poignardé… par abus, par violences en tous genres, par pertes de ceux qui vous étaient les plus proches, par pertes de vos enfants… vous qui avez vécu la rue, le froid, la faim, la honte… vous qui avez vaincu la mort elle-même, vous qui vous êtes relevés, encore et encore… vous qui vous relèverez parce que vous avez vu pire… vous qui comprenez la vie parce que vous avez passé la vôtre à tenter de l’apprivoiser…

Souvent, ces temps, vous m’avez raconté des horreurs. À m’en vriller le ventre, m’en couper le souffle, m’humidifier les yeux et parfois même m’en donner la nausée tant c’était violent à lire ou entendre…

Souvent, ces temps… vous m’avez redonné foi en l’humanité. En sa force. En son courage et son renouvellement. Vous êtes devenus si fiers, même dans vos récits vous l’êtes restés.

J’ignore pourquoi vous m’avez tous racontés ces pans de vie en si peu de temps, sans vous consulter. Mais putain ce que vous pouvez être fiers de vous ! Vous le savez, des horreurs, j’en ai vécu. Mais… ça me touche toujours bien plus quand il s’agit des autres, ceux que je connais, ceux auxquels je tiens, ceux qui éveillent la tendresse d’une amie et l’envie de refaire le monde…

Merci de votre confiance. Vraiment. J’en prendrai soin… Restez la tête haute, le regard droit et le pas assuré. Personne ne pourra vous enlever votre parcours et votre énergie.