Vole, petite fée…

La journée avait passé vite. Il n’avait toujours rien mangé et elle le regardait toujours errer, ou plutôt rester sur place avec ses questionnements et ses doutes. Il n’était pas torturé, il tentait juste de rationaliser quelque chose qui ne pouvait certainement pas l’être. Il en avait marre. Non pas marre d’elle, mais marre de sa féérie. Oh bien sûr, il aimait cette féérie autant qu’il était attaché à elle, mais il en avait marre de ce côté rêveur, utopiste et décalé. Il aurait tant voulu la voir aussi réaliste (bon, d’accord, pessimiste, aussi) que lui… Mais tout compte fait, il n’était pas sûr qu’il s’y serait attaché autant, si elle avait été aussi terre à terre que lui.

Tout se paie, dira-t-on.

La petite fée s’occupait tellement à rendre cette magie vivante qu’elle se soignait toute seule. S’occuper de lui faisait office de soins, de thérapie, de passe-temps… Bien sûr, elle avait encore son amour des feuilles, des plantes, des paysages et des rayons de soleil autant que de lune. Bien sûr aussi, elle continuait à écrire dans la terre avec un petit bâton quand elle en trouvait un. Elle continuait également à divaguer pendant son sommeil…

Tout ça lui faisait peur. Très peur. Il n’avait pas peur de grand chose et avait toujours assumé ses choix, quels qu’ils soient. Mais là, avec une petite fée de poche tout contre son coeur, il avait peur. Elle pas. C’était si étrange. Comme si les rôles s’étaient inversés à un moment donné et il ignorait lequel. Il avait cette impression de n’avoir jamais changé de conduite, de l’avoir toujours mise en garde contre lui. Il est et resterait un animal sauvage. L’apprivoisement n’était qu’illusion. Il y a juste la peur, qui avait fait son apparition dans ses pensées, alors que ses paroles et ses actes ne changeaient pas. Il avait peur qu’elle chute. Surtout sans ses ailes.

Il avait peur qu’elle ne s’attache à lui et qu’il morde une fois trop fort, qu’elle chute de haut, qu’elle se fracasse au sol parce que ses ailes ne seraient pas réparées. Il avait peur qu’elle le lâche, pourtant. Il la voulait, près de lui… mais pas trop. Ne pas prendre en charge ses rêves, lui qui avait déjà les siens à porter et qui ignorait où ils le porteraient…

Et elle dans tout ça ?

Rien. Elle non plus n’avait pas changé d’optique. Elle lui trouvait certes quelques défauts mais c’était un loup. Hors, les loups sont bourrés de défauts, tout le monde le sait.  Enfin, les fées, le savent. Elle avait envie de jeter ses petits poings contre sa fourrure lorsqu’il la prétendait utopiste et perdue dans ses rêves. Elle n’était pas aveugle ! Elle savait qu’il était des fois à prendre avec des pincettes, elle savait son caractère d’ours caché dans un loup (déjà que le loup seul, ce n’était pas un cadeau…), elle savait ses crises de solitude et ses moments de doutes. Malgré ça, elle en était sûre, elle ne le lâcherait pas. Loup ou pas.

Comme souvent quand deux caractères s’opposent mais se rejoignent tout de même, une étincelle nait.

Ce soir là, la foudre les frappa. Non pas comme les histoires d’amour le racontent. Non, par sa violence. De toutes ses forces. Elle les frappa même deux ou trois fois. Ils ignoraient si c’était réel tant ils avaient vu ce feu s’animer et les traverser tout en sortant indemnes. Les arbres autour avaient survécu mais eux étaient marqués. Comme le fer rouge, sans la cicatrice. On dit pourtant que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit. Ils étaient tellement choqués qu’ils se disputèrent. Aussi fort que la foudre. Leurs dissonances devaient trouver une fois une explication. Il devait la réveiller. Elle devait lui rendre une part d’innocence et de foi. Chacun campait sur ses positions, et plus l’autre campait, plus la tension montait.

Ils croyaient que la douceur viendrait d’elle. Ce fut lui. Lui qui arrêta la discussion, lui qui calma le jeu et lui dit de venir tout près… de se taire… de respirer. Ce soir là, il eut cette drôle d’impression que plus il voulait la réveiller, plus elle grandissait dans sa féérie. Elle approcha de lui, comme il le souhaitait. Un peu penaude, les yeux humides et l’envie de ne plus rien dire. Il passa la langue doucement sur une larme de sa joue… comme pour la rendre plus légitime. Il la regarda…

« Parle-moi ! »

Elle n’avait envie de rien d’autre que de pleurer. Encore et encore. Se remettre de cette foudre et de ce qui avait suivi.

Une larme tomba sur sa patte. Une seule.

Elle fit effet de pacemaker sur ses ailes.

Il n’y croyait pourtant pas, vu le morceau qui était incrusté chez lui…

Elles se reconstituèrent. Entièrement. Elles se mirent à battre comme pour la sauver de cet endroit. Elle ne voulait pas partir.

Elle s’envola, doucement… quelques mètres, puis redescendit en chute libre, comme épuisée par la guérison. Il la  rattrapa.

Il voulut lui parler…

…elle dormait déjà.

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2 commentaires sur « Vole, petite fée… »

  1. C’est tout simplement beau. J’aimerai bien lire d’avantage dans vos rêves. M’approcher de vous pour puisez sur les énormes ressources dont vous êtes pétrie, la grâce dont vous faites montre en faisant exploser vos sentiments. J’adore votre style et la joie que vous éprouvez en écrivant. J’ai vraiment aimé.

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