Les costumes de la fée…

Elle avait beau être fée, elle n’en restait pas moins femme. Fille, enfant, femme. Elle aimait les habits, changer d’univers selon son humeur. Habiller de couleurs ses jours tristes et ses petits bonheurs. Elle appréciait de rêver ses tenues pour telle ou telle occasion, se demander le regard de la personne en face d’elle, ses réactions, ses surprises. Elle jouait. C’est ça, elle était une petite femme-fée qui jouait des fois à la petite fille.

Ce soir dans ses essayages, elle tenta:

– le costume de garce. Franchement, ça ne lui allait pas du tout. Trop voyant, trop vulgaire.

– le costume de naïve. Hors de question, elle avait trop vécu pour pouvoir porter ça.

– le costume de manipulatrice. Non mais ça ne va pas la tête ? Manipuler qui ? pourquoi ? Vite. Enlever ça.

– le costume d’aventurière. À fuir, se dit-elle. Elle avait déjà tellement joué les conquérantes…

– le costume de casanière. Celui là aurait pu lui plaire. Mais ça ne bougeait pas assez pour elle.

– le costume d’aveuglée par l’amour, l’amitié, les gens. À brûler d’urgence. La vie lui avait appris à ne voir que le vrai, même quand il faisait mal et faisait avancer dans la douleur. Quand c’était comme ça, elle retournait simplement dans sa bulle.

– le costume d’empathie. Celui-là lui plaisait. Mais c’était parfois tellement dur à assumer… elle le rangea dans un coin d’armoire.

– le costume de patience et de compréhension. À garder sur soi. Toujours. Même en sous-vêtements.

– le costume de dépassement de soi. Là aussi, à garder sur soi.

 

Une fois tout ça essayé, elle reprit son baluchon, y glissa ceux qui étaient nécessaires. Elle découpa ensuite un long tissu noir. De quoi s’envelopper et s’abriter dedans. Elle ne laisserait plus le loup la mordre, pas comme ça. Elle s’y était attachée mais il ne la coulerait pas, pas elle. Elle savait qu’il ne le ferait pas, elle espérait juste qu’il s’en rende compte. Qu’importe leurs péripéties, elle avait toujours la foi pour deux.

Elle se dit, en nouant son costume noir par dessus sa petite robe ajourée… que… s’il avait été là, il lui aurait dit que c’était un costume de guerrière de la vie, qui éprouve son attirance en l’éloignant. Pour quelques heures. Mais ces heures là n’étaient pas encore là et elle se dit qu’elle allait au lit. Enfin…

Il lui avait dit qu’il espérait se noyer dans la meute pour mieux se retrouver. Mieux la comprendre, mieux s’en rapprocher peut-être, en s’éloignant et en trouvant les réponses à ses questions. Elle lui avait dit qu’elle tenterait de faire pareil. Pour dire vrai,elle en était incapable pour le moment, même si c’était pile le bon moment pour ça.

Elle n’avait pas envie. Elle lutterait encore un peu.

 

Loup, y es-tu ? Que fais-tu ?

 

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Impact

Dans sa chute, notre petite fée ne vit pas sa vie défiler comme beaucoup le font quand ils approchent d’une éventuelle fin. Elle, au contraire, vit toutes les possibilités de son futur se dessiner. Celles qu’elle rêvait, celles qu’elle craignait, celles qu’elle n’osait même pas envisager et celles qui étaient  à oublier avant même de les formuler.

Pendant ces longues secondes, elle eut l’impression que chaque morsure du loup se réveillait. Que chaque cicatrice qu’il avait laissé, superficielle ou profonde, se rappelait à elle, la brûlait. Si la vitesse lui avait autorisé à le faire, elle se serait examinée et les aurait comptées. Elles étaient nombreuses, tout comme les moments qu’ils avaient vécu. De petites cicatrices de bonheur car chaque marque lui rappelait qu’ils avaient en effet vécu. Même des fois douloureusement.

Elle se rendit compte qu’elle n’avait pas envie de parler de ces épisodes au passé, qu’elle voulait encore en bâtir de nouveaux et ne pas penser à lui comme un élément antérieur au bonheur mais faisant partie intégrante de ce à quoi qu’elle aspirait comme joie de vivre. Des fois une partie un peu en annexe, des fois présente, mais en aucun cas brillant par son absence. Après tout, il portait l’éclat de son bleu au coeur.

Elle avait envie de lui parler, de lui dire encore des centaines de choses. De lui montrer le monde, son monde, de lui faire croire en la vie… lui qui aimait tant le noir… elle avait envie, et sans doute aussi besoin, de comprendre pourquoi il aimait le noir, d’entendre ce qu’elle n’avait jamais osé demander. De le connaitre aussi bien qu’il ne la connaissait. Peut-être se risquerait-elle à le lui demander ?

Le sol approchait. Elle n’avait que son nom et son regard dans la tête. Elle ne pensait à rien d’autre, n’était en état de rien et subissait la paralysie d’un état de choc donc ne pouvait pas penser à faire fonctionner ses ailes…

10… 9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1….. IMPACT.

Elle sentit l’odeur de la terre humide, les feuilles au sol, la force des racines se rapprocher…

…et se retrouva d’un seul coup à son point de départ. Sur cette branche si haute… le coeur battant, se tenant fort à ses rêves.

Elle ne les lâcherait plus.

Saut de l’ange…

Image

…ce soir, un peu endeuillée et déprimée, la petite fée se demandait comment rebondir, à part sur le sol. C’est vrai, elle était utopiste pour deux, elle y croyait pour deux, elle était prête à se battre pour deux…

C’est vrai aussi, elle était parfois perdue dans son monde mais plus par protection que par illusion.

Ce soir, ses yeux ne se calmaient pas. Ses battements de coeur se faisaient rares et irréguliers. Elle se demandait comment retrouver sa féérie, cachée dans ce monde de fous. Elle avait envie de continuer… elle voulait croire en la vie, en l’attachement envers et contre tout, en la capacité de se renouveler, de se retrouver, de rallumer ce qui les avait réunis. Elle voulait croire qu’il se réveillerait mais elle ne croyait pas une seconde en un changement de loup à illuminé chimérique.

Ce soir, elle voulait parier sur un avenir dont elle ignorait encore l’existence. Elle voulait continuer à donner une chance à ce qui n’existe que dans les livres. Croire que si on s’en donne les moyens, on n’a pas besoin d’être allergique au bonheur et que ce bonheur peut ne pas bouffer toute notre énergie ni notre individualité. Elle croyait fermement que si on se donne la peine d’avancer tout en se préservant et en vivant notre petit chemin également sans l’autre, on se retrouverait avec plaisir et légèreté. Elle ne le dirait pas au loup car de toutes façons elle n’avait pas le moindre espoir de le faire changer d’avis… mais qu’elle espérait lui prouver qu’elle avait raison. Cela demandait juste du temps et elle ignorait encore s’il lui en donnerait.

Prierait-elle ? Non. Il l’avait mordue… il le faisait souvent mais là, il n’avait pas retenu ses dents. Il l’avait blessée. Elle se relèverait, elle se relève toujours. Elle reviendrait au loup, comme toujours aussi. Mais chaque petit bout d’innocence qu’elle laissait avec les morsures et blessures  ne feraient que lui rappeler à quel point elle est proche de ses canines. Elle y reviendrait quand même, au nom de la foi qu’elle avait en ce lien incroyable et si atypique, qu’ils avaient construit entre douleur et douceur.

De la plus haute branche du chêne millénaire, elle se vêtit de noir, un peu comme ceux qui savent que la vie ne peut continuer que s’ils changent de vision mais n’en ont pas envie pour autant.

Elle croisa les doigts, toucha le bois de l’arbre, regarda au ciel et sauta. Sans penser à ses ailes.

Le saut de l’ange.

Dans le vide, le noir… mais avec la foi.

Elle vérifierait à l’atterrissage si elle avait raison.