Du bleu au coeur, sans hématome… (petite fée et méchant loup, suite)

…il émergea tranquillement quelques heures plus tard. Le soleil avait bien poursuivi son ascension et le jour était déjà bien avancé. Il était calme pourtant une petite tristesse laissait son regard vague.

– Bonjour méchant loup ! Euh. Question, ça mange quoi au petit-déjeuner, un loup ? sachant qu’il est déjà bien tard. Ne ris pas, c’est une vraie question. Je voulais aller te chercher à manger mais mon ignorance et le fait que je ne voulais pas te laisser, m’ont fait rester là, à tes côtés… tant pis, ton estomac pouvait attendre.

– Bonjour.

– Et ma question alors, tu t’en fous ? lui dit-elle avec son petit sourire mutin aux lèvres.

– Non.

– Tu veux que je te laisse ?

– Non. Surtout pas. j’ai besoin que tu sois là et que tu ne t’éloignes pas trop de ce tout petit éclat bleu que tu as posé sur mon coeur. On ne sait jamais, des fois qu’il ait besoin de toi autant que moi. Je ne comprends pas, je me réveille triste et pourtant, tu es là.

– Je ne le suis pourtant que rarement.

– C’est peut-être ça, le noeud du problème. Tu es là, mais souvent si loin de moi…

– C’est toi le loup. C’est toi qui es habitué à vivre en meute, sans moi, loin d’ici. C’est toi qui es solide, entre nous deux. Et je te rappelle que c’est moi la toute petite fée de poche, celle qui te suit même quand tu ne le veux pas, qui te tape sur le système, qui te pousse dans tes retranchements, use tes nerfs et te demande tant…

Même les loups et les fées peuvent avoir des discussions hors du temps qui paraissent être des préoccupations de vieux couples. Il ne sont pourtant que là, l’un pour l’autre, sans rôle défini ni engagement aucun. Juste là. Mais ce matin, le loup avait le coeur gros, du bleu au coeur, sans hématome, à cause d’un éclat d’aile… mais le coeur gros. L’hématome était plus profond, là où même la fée ne pouvait pas le voir. Aucun pouvoir ne permet la transparence des coups à l’âme et des cicatrices de la pensée. Aucun art ne rend visible les larmes du rêve et ce que les gens en font. Il savait juste qu’elle pouvait comprendre. Il la trouvait loin, des fois, surtout ce matin alors qu’il pouvait sentir sa présence à moins de trente centimètres. Mais il savait aussi qu’elle resterait et s’accrocherait à lui comme le font ceux qui n’ont que leur imagination pour survivre. Elle ne le lâcherait pas. Jamais. C’est peut-être ça qui le rendait triste, en fait… qu’elle ne le lâcherait jamais, quoi qu’il se passe et quoi que cet éclat bleu produise comme effet secondaire sur lui.

Elle prit un petit bâton et traça ces mots dans la terre, à ses pieds: tu camino será el mío

Aucun d’eux ne parlait espagnol. Mais ils savaient ce que ça voulait dire. « Ton chemin sera le mien »

Il était fatigué. Il baillait tellement… peut-être était-ce là la rançon de la tranquillité.

Mais quel était donc ce lien qui bouleversait même leurs langages ?

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