Retour aux sources… si l’on peut dire.

Ce matin, échange par sms:
« Je n’ai pas travaillé cet apm, j’ai lu. »
réponse: « Lire, pour un auteur, c’est bosser… c’est aussi travailler à son édification personnelle. C’est encore s’efforcer de trouver le juste équilibre entre ambition littéraire et humilité, dans l’acte de créer… »

 

Magnifique réponse qui a eu le mérite de replacer l’église au milieu du village, comme on dit. C’est vrai, ces temps je dessine plus que je n’écris. C’est vrai aussi, c’est bien plus lucratif de dessiner plutôt qu’écrire. J’ai beau avoir touché mon rêve et l’avoir concrétisé, j’ai quand même du mal à me considérer auteur toute l’année. Pourtant, il y a une piste qui aurait du me mettre la puce à l’oreille… un tout petit indice qui me place parmi ceux qui ont cette  chance: avoir touché mes tout premiers droits d’auteur. C’est vrai, c’est débile comme indice, c’est vénal. Et être vénale pour une somme aussi dérisoire, c’est débile aussi. Mais… c’est quand même un petit signe que je n’ai pas rêvé et que quelque part dans un bureau, quelqu’un a cru assez en moi pour me donner ma première chance, chance qui a fait des petits depuis. Comme si le papier avait enfanté de plein de petits mots… une belle portée.

Alors, j’ai repris ces fichiers qui me pesaient un peu ces temps, tant ils étaient présents sans porter de fruits. Je les ai relus… sous-pesés. Ils pèsent lourd en imagination. Elle abat ses dernières frontières. Elle va beaucoup plus loin qu’avant, elle se libère et s’affranchit de ces codes et de ces frimas frôlant le papier autant que le clavier.

J’ai remarqué une chose, depuis un an et demi. Chaque fois que l’écriture s’éloigne de moi, je dépéris. En vrai hein, pas seulement juste pour faire joli. Je tiens moins la route, je me réveille fatiguée, je suis plus irritable. Et cela ne vient pas que de ma santé quelque peu défaillante par moment car… dès que je reprends les mots, mon dos s’allège et mes doigts se délient. Comme si tout reprenait sa place. Serais-je une dépressive littéraire ? Qui sait !

Alors, ces prochains temps, en dehors des plages de lecture que je vais de nouveau m’accorder car j’ai tellement de choses à lire que je me considère inculte à force d’avoir des lacunes… je vais juste… écrire. Bien sûr, j’honorerai mes commandes éventuelles en dessin et ma vente de marques-page. Mais… ma priorité restera, et doit rester, l’écriture.

Les personnes étant capables de m’écrire de tels sms sont rares. Je pense en fait qu’ils sont deux. Et ils ont raison. L’un d’eux m’a dit récemment: « fais ce que tu veux, suis la piste que tu veux, mais je veux que tu gardes l’écriture. N’abandonne pas ça ».

Ok. Toutes façons, les mots c’est plus que ma vie, c’est ce qui la compose. De tous petits atomes de vie.

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Du bleu au coeur, sans hématome… (petite fée et méchant loup, suite)

…il émergea tranquillement quelques heures plus tard. Le soleil avait bien poursuivi son ascension et le jour était déjà bien avancé. Il était calme pourtant une petite tristesse laissait son regard vague.

– Bonjour méchant loup ! Euh. Question, ça mange quoi au petit-déjeuner, un loup ? sachant qu’il est déjà bien tard. Ne ris pas, c’est une vraie question. Je voulais aller te chercher à manger mais mon ignorance et le fait que je ne voulais pas te laisser, m’ont fait rester là, à tes côtés… tant pis, ton estomac pouvait attendre.

– Bonjour.

– Et ma question alors, tu t’en fous ? lui dit-elle avec son petit sourire mutin aux lèvres.

– Non.

– Tu veux que je te laisse ?

– Non. Surtout pas. j’ai besoin que tu sois là et que tu ne t’éloignes pas trop de ce tout petit éclat bleu que tu as posé sur mon coeur. On ne sait jamais, des fois qu’il ait besoin de toi autant que moi. Je ne comprends pas, je me réveille triste et pourtant, tu es là.

– Je ne le suis pourtant que rarement.

– C’est peut-être ça, le noeud du problème. Tu es là, mais souvent si loin de moi…

– C’est toi le loup. C’est toi qui es habitué à vivre en meute, sans moi, loin d’ici. C’est toi qui es solide, entre nous deux. Et je te rappelle que c’est moi la toute petite fée de poche, celle qui te suit même quand tu ne le veux pas, qui te tape sur le système, qui te pousse dans tes retranchements, use tes nerfs et te demande tant…

Même les loups et les fées peuvent avoir des discussions hors du temps qui paraissent être des préoccupations de vieux couples. Il ne sont pourtant que là, l’un pour l’autre, sans rôle défini ni engagement aucun. Juste là. Mais ce matin, le loup avait le coeur gros, du bleu au coeur, sans hématome, à cause d’un éclat d’aile… mais le coeur gros. L’hématome était plus profond, là où même la fée ne pouvait pas le voir. Aucun pouvoir ne permet la transparence des coups à l’âme et des cicatrices de la pensée. Aucun art ne rend visible les larmes du rêve et ce que les gens en font. Il savait juste qu’elle pouvait comprendre. Il la trouvait loin, des fois, surtout ce matin alors qu’il pouvait sentir sa présence à moins de trente centimètres. Mais il savait aussi qu’elle resterait et s’accrocherait à lui comme le font ceux qui n’ont que leur imagination pour survivre. Elle ne le lâcherait pas. Jamais. C’est peut-être ça qui le rendait triste, en fait… qu’elle ne le lâcherait jamais, quoi qu’il se passe et quoi que cet éclat bleu produise comme effet secondaire sur lui.

Elle prit un petit bâton et traça ces mots dans la terre, à ses pieds: tu camino será el mío

Aucun d’eux ne parlait espagnol. Mais ils savaient ce que ça voulait dire. « Ton chemin sera le mien »

Il était fatigué. Il baillait tellement… peut-être était-ce là la rançon de la tranquillité.

Mais quel était donc ce lien qui bouleversait même leurs langages ?