Paroles … (petite fée et méchant loup, début 2ème épisode)

C’était elle, la grande bavarde. Pourtant ce ne fût pas elle qui ouvrit la bouche en premier.

– Que fais-tu ici, petite fée ?

– Je grandis.

– Tu ne comptes pas prendre 60 centimètres, n’est-ce pas ?

– Non.

Il se coucha au sol et l’invita à se blottir contre sa chaleur. Elle devait avoir froid, avec toutes ces émotions et cette marche bien trop pénible pour de si petites jambes.

– Tu sais, petite fée… tu joues depuis longtemps à la grande. Tu fais comme si tu l’étais, tu agis comme tel, tu parles comme tel… mais dans le fond, tu es restée petite. Tu ne fais que jouer à la grande mais quand tu te blottis là, au chaud, avec ce tout petit regard rassuré, je te vois enfant. Je t’imagine toute petite fille-fée, qui se perd dans ce monde trop grand et trop réel pour elle, cherchant un cocon pour se blottir et rendre l’espace plus petit, moins effrayant, plus doux. Tes peurs sont légitimes, elles ne sont ni ridicules, ni déraisonnables. C’est juste que, quand tu as peur, tu redeviens cette toute petite que je n’ai pas connu mais que je reconnais si bien.

– Tout compte fait, je ne suis pas sûre de vouloir devenir grande, méchant loup…

– Alors fais comme avant, mais moi je saurai voir quand tu as besoin de redevenir petite et être rassurée.

– Tu vas encore te moquer, méchant loup… ne te moque pas, ce n’est pas gentil, la moquerie.

– Non, si je souris dans ces moments là, ce n’est pas par moquerie. C’est juste parce que tu baisses la garde et que tu en es touchante.

– Pourquoi tu fais tout ça ? Me rejoindre sur la montagne, me réchauffer l’âme…

– Parce que, si personne ne prend soin de toi, j’ai décidé de le faire. Je reste là, toute petite fée.

…elle n’entendit pas la fin de la phrase, elle dormait déjà.

 

Au froid (suite et fin du premier épisode de la fée et du loup)

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Son instinct de loup le fit émerger bien plus tôt que d’habitude. Un pressentiment qu’il fallait se lever. Une impression qu’il devait avancer, dans une direction précise. Courir, même. Il se leva et personnifia l’espace d’un instant les mots « avancer à pas de loup » en quittant sa meute. Un rayon de lune tombait sur la montagne. En principe, il trouvait ça beau et s’arrêtait pour la contempler, la saluer de son chant si reconnaissable. Là, il n’en fit rien. Il ne ressentait que le froid de ce rayon et la destination qu’il montrait. Sans plus attendre, il se mit à courir. De plus en plus vite. Avec la vitesse qu’atteignent les gens qui ne savent pas où ils vont mais sont décidés à y aller coûte que coûte.

Il faisait encore nuit lorsque le sommeil décida de la lâcher et la rendre à la réalité. Il faisait froid. Elle avait peu dormi. Elle se leva à grand peine, le dos en miettes à cause de la dureté du sol. Le froid la tiraillait de partout. Elle avait envie de faire du feu. Elle mangea un morceau de pain et bu un peu d’eau. Pas beaucoup, elle aurait besoin du reste. Elle regardait cette lune si claire la guider. C’était si beau… Elle se mit en route. Les défis ne faisaient pas partie de son quotidien mais elle avait besoin de changer son quotidien.

Il courait, encore et encore. Il fut aveuglé par une chose au sol. Comme un miroir. Il dépassa l’objet puis s’arrêta net et fit demi-tour, guidé par le sentiment qu’il allait rater quelque chose d’important. Un frisson lui parcouru l’échine et dressa ses poils d’effroi. Il savait ce que c’était. Il ramassa le plus tendrement ce fragment avec ses crocs en espérant ne pas le percer. Il avait compris ce qu’il faisait là. Il lui en voulait d’être un peu tête brûlée mais aimait aussi sa façon presque utopique de poursuivre ses rêves. Après tout, n’est pas fée qui veut. Il faut de bonnes dispositions à l’utopie et à l’optimisme décalé, pour l’être et surtout pour le rester.

Elle commença à apprivoiser le froid. Son pas se fit plus léger et elle avança plus vite. Elle avait l’impression d’être accompagnée. Elle avait ce sentiment de sécurité qu’ont les fous quand ils se savent compris, ne serait-ce que par une seule personne sur Terre. Ses muscles, aussi petits soient-ils, se réchauffèrent et bientôt elle trouva son rythme de croisière. La montagne lui paraissait plus basse, les chemins moins escarpés. Sa peur aussi, diminuait avec les mètres. Bientôt le soleil se lèverait. De temps en temps, handicapée par sa toute petite taille, elle devait s’aider de ses bras pour grimper une pente trop escarpée. Ses ailes ne pouvaient pas l’aider. C’était drôle comme elle sentait une présence tout en avançant. Elle n’avait pourtant jamais été si seule qu’en ce moment là, pensait-elle. Le cerveau crée des illusions bien perturbantes.

Il connaissait la montagne comme sa poche et prit un chemin rapide pour monter. À quelques centaines de mètres de la plaine, en montant, il avait repéré un minuscule campement de fortune, qui avait mal été remis en état, montrait encore des traces de présence récente. Aucun déchet mais des traces bien incrustées au sol. Elle avait dormi là, au froid ? Petite fée, que fais-tu de ta vie ? Dans quelques minutes il arriverait en haut, espérant la trouver et la raisonner. Il ne savait même pas pourquoi. Mais il savait qu’elle serait là. Quelque part.

Elle marchait de mieux en mieux, le souffle moins coupé, les articulations moins douloureuses. Son paquetage lui paraissait plus léger pourtant, elle n’avait rien mangé de plus. Elle pensait au loup, qu’elle imaginait endormi. Il sera fier de moi, pensait-elle, quand il saura que je suis montée ici seule. Elle aperçut le sommet. Le soleil n’allait pas tarder à se lever. Elle accéléra le pas et envisagea les derniers mètres avec la plus grande insouciance. Elle avait dépassé les passages dangereux et ne pensait pas encore à la difficulté de redescendre une pente pareille sans encombres.

Elle arriva au sommet. Elle trouva un rocher bien plat. Elle y grimpa, laissa ses jambes retomber dans le vide et respira profondément en laissant le soleil arriver à son rythme. Elle voyait déjà le jour sans voir les rayons. Les couleurs commençaient à naître à la lumière de ce jour nouveau.

Elle sentit un souffle chaud dans sa nuque. Puis quelque chose qui tomba sur ses genoux, lâché sur elle. Elle rattrapa de justesse. Se retourna et le vit.

Lui.

Il n’avait pas envie de parler. Il avait envie de comprendre.

Elle n’avait pas envie de s’expliquer, elle avait juste envie de respirer et s’apaiser contre sa chaleur.

Un jour, il comprendra qu’il lui manque plus que ses ailes elles-mêmes. Un jour aussi, il ne prendra pas ça pour de la pression qu’elle lui met mais comme un simple sentiment, aussi puissant soit-il, de quelqu’un tenant à lui plus qu’à ses rêves eux-mêmes. Un jour, il comprendra qu’elle renoncerait même à réparer ses ailes, si elle était sûre qu’il l’aiderait à monter les montagnes en offrant, quand il le faudrait, un coup de patte… un appui. Un jour, il comprendra qu’elle n’attend rien de la vie, qu’elle ne croit qu’à ce qui a de la force: les sentiments, les actes, les rêves, l’amour.

Un jour, elle saura modérer ses propos et ses actes. Un jour, elle se montrera digne de sa confiance et trouvera la sérénité qu’ont les gens qui savent qu’ils ne vont pas tout perdre pour quelques heures ou jours d’absence, mais que ces moments là les renforcent. Un jour, elle gérera ça. Bientôt. Un jour, elle lui apportera autant que lui ne le fait. Un jour, elle sera à la hauteur.

En attendant ce jour-là et sans garantie aucune que ce jour serait le même pour les deux, ils se turent.

Cueillir le jour.

Les explications viendraient bien d’elles-mêmes un jour.

Ou pas.

 

 

 

Références ?

On m’a déjà demandé souvent ces temps, qui sont mes maîtres à penser, mes références littéraires, mes coups de coeur. À cette question, mon esprit vagabonde et se retrouve perdu devant tant d’immensité de réponses possibles.

De prime abord, l’indécrottable romantique incurable que je suis, vous répondrait « Shakespeare ! »  bien sûr, avec ses citations bien connues telles que celle qui me plait tant: « Amour, donne-moi ta force, et cette force me sauvera ». Après, bien sûr, je pars sur Molière, Corneille, Racine. Quand mon esprit s’évade, ce qui en étant franche, arrive souvent… il retrouve Rostand et son Cyrano, Giono et son hussard, Brontë avec Jane et Mr Rochester, Valmont et la marquise de Merteuil (et leur auteur au nom à coucher dehors, dont je ne me rappellerai décidément jamais)… Radiguet avec son diable au corps, Pennac et toute la saga Malaussène,  Steinbeck et ses souris et des hommes, Erich Maria Remarque, que je salue pour avoir été le seul à me captiver avec un roman sur la guerre « À l’ouest rien de nouveau ». Cohen avec Solal et Ariane, St-Exupéry et son petit prince, Umberto Eco et son pendule de Foucault…ou encore Paul Auster et son Leviathan, Kleinbaum et le livre tiré du film « Le cercle des poètes disparus » qui fut un réel éveil littéraire et émotif… Évidemment j’ai lu les Harry Potter, les Dan Brown, le Seigneur des anneaux… J’ai également flâné dans les lignes de Musso, Gavalda… Je me suis délectée de celles de Nothomb…et à moitié perdue dans celles d’Alessandro Barricco.

Une chose est sûre, au milieu des centaines de livres qui prennent de la place dans mon salon autant que dans ma tête, la curiosité est toujours là. Elle grandit. Elle se cultive. Je mets longtemps à lire un livre (D., si tu lis ça, je te promets de finir un jour le Quatuor d’Alexandrie, un an et demi pour une claque magistrale ligne par ligne, ça vaut le coup ! J’y suis presque !) car j’écris beaucoup et que quand je lis, je n’écris pas (oui oui, je dis de grandes vérités ce soir). Et écrire est devenu l’oxygène dont j’ai besoin pour que ma vie et mes rêves avancent vers leur but.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Pourquoi cette liste de maîtres à penser ? Simplement pour remercier certaines personnes d’ouvrir mon esprit et d’y insérer petit à petit de nouvelles références, de nouvelles découvertes… de rallonger ma pile à lire de façon à ce que bientôt elle sera bonne pour être lue en 40 ans… de m’ouvrir à des styles dans lesquels je n’aurais jamais osé plonger sans qu’on m’y incite… de me faire redécouvrir la poésie, moi qui y suis si peu sensible et qui tout à coup esquisse un sourire de contentement en lisant certains vers et citations…

Bonjour, je m’appelle Tania et ces amis autant que ces auteurs… font de moi celle qui a eu envie, un jour, d’écrire. Et de continuer.