Fatigue

Il était fatigué de sa journée. Courir partout. Penser à tout. Être un loup n’est pas de tout repos.

Il voulait aller se coucher. Dormir. Se reposer de sa journée avant d’en attaquer une nouvelle. Oublier les tracas, passer à autre chose et reconstituer son stock de neurones actifs jusqu’au lendemain. Déconnecter du monde et se réfugier dans le vide du sommeil en espérant que ses rêves ne soient pas trop mouvementés. Il voulait juste… du calme.

Allongé, apaisé, il sombrait presque lorsqu’une petite plainte lui chatouilla l’oreille. Une tristesse impalpable de par sa nature mais aussi par sa distance. C’est comme si elle résonnait dans son oreille. Proche. Toute proche. Pourtant il s’était isolé et était seul sur sa couche.

Il se leva, d’un bond. Comme s’il savait que quelque chose se tramait. Il ne savait pas où aller mais suivit son instinct. Il traversa la forêt en suivant le chemin qu’il connaissait bien. Il entendait toujours cette petite voix qui n’allait pas bien et commençait à comprendre. Encore une fois, son sommeil allait en pâtir. Encore une fois, il allait le regretter car il aurait du mal le lendemain. Mais il suivit sa route.

Là, au loin, il vit une silhouette. Il espéra quelques secondes  qu’il aurait tort. Tout espoir de ce type aurait du disparaitre de son vocabulaire il y a longtemps mais il continuait  à espérer de temps à autres, pour sombrer ensuite dans une lucidité effrayante et un monde noir hyperréaliste.

Il la trouva là. Le regard vide de sens. La peau tremblante et couchée à même le sol, à peine protégée par un petit bout de couverture rapiécée. Sa main était crispée sur un objet. Il eut du mal à accéder à sa paume de main pour voir. Il y trouva un petit galet plat et tiède, portant en lui la température qu’elle ne montrait plus. Sur ce galet, elle avait dessiné un rameau d’olivier, lourd de sens.

Il lui parla, sans trop savoir si leur dialogue en était vraiment un. Elle avait l’air de parler seule pour se calmer, sans tenir vraiment compte du fait qu’elle l’empêchait de dormir. Sans doute le savait-elle, pourtant.

Au fil des mots, sa voix se calma d’elle-même et se fit plus douce. Quant au loup,  il osa un bâillement.

Les yeux humides, elle serra  sa peau contre sa fourrure et lui chuchota ces mots: « Personne. Personne n’est là, tu comprends ? Je n’ai que toi, ce soir. Mes amis sont loin ou préoccupés. Il n’y a que toi. C’est un poids si grand, que je te pose sur les épaules. Pardon. Ma famille, c’est toi, quelque part. Le sang ne fait pas tout »

Il remit la couverture sur elle, la mit à l’abri du vent et la regarda s’endormir avant de partir rejoindre sa tanière.

En posant la couverture, il remarqua quelque chose d’étrange. Un bout d’aile brisée avait atterri à quelques mètres d’elle et avait fait des ramifications. Comme pour s’enraciner là où il était tombé.

Mais… pourquoi ?

 

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2 commentaires sur « Fatigue »

  1. Tania salut
    Tu as un style exceptionnel que j’ai aimé tout de suite. Tu fais monter les personnages, tu porte l’image par de courtes phrases simples et tu fais progresser ton histoire. Si seulement je pouvais être toi.
    Merci.

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