Résurgence

Depuis qu’elle observait ses ailes se réparer seules et sans aide aucune, la petite fée se sentait mieux. Elle avait moins de manque à combler. Moins de vide dans ces minutes de solitude qu’elle apprenait à apprivoiser. Elle avait toujours un oeil sur son loup, qui lui aussi guérissait à son rythme. Ses plaies n’étaient plus à vif. Les ailes de la fée  ne la faisaient plus souffrir bien qu’elle ne puisse toujours pas voler.

Le loup passait un coup de langue sur ses plaies de temps en temps, le regard tourné vers la petite fée qui l’avait accompagné dans sa souffrance. Il se demandait parfois pourquoi elle restait. Pourquoi elle supportait ses sautes d’humeur et ses doutes, la force de ses faiblesses et les tests qu’il faisait pour voir si elle avait les épaules solides. Des fois aussi, il se demandait pourquoi il la faisait autant souffrir. Il avait tendance à se demander ça un peu trop tard, quand le mal était fait. Pourtant, il ne souhaitait pas lui nuire. Il n’avait jamais souhaité ni sa chute, ni la dégénérescence de ses ailes. Il aurait tant voulu la protéger, y compris de lui… mais plus il l’attaquait, plus elle s’accrochait à lui et plus elle solidifiait cette bulle de magie et féérie qu’elle érigeait autour d’eux. Jéricho était tombée. Il n’en serait pas de même d’eux, avait-elle promis. C’est vrai, ses attaques ébranlaient ses convictions et la fée passait son temps à se remettre en question pour ensuite revenir à sa nature la plus profonde et suivre ses instincts. Le plus fort était celui de protection. Elle travaillait donc à protéger sa petite personne et ceux qu’elle aimait, elle construisait ces murailles inébranlables autour d’eux… celles que  les gens ne voient pas, celles qui sont plus fortes quand on les défend main dans la main. Celles qui s’effondreraient d’un coup si un des piliers composant sa garde, tombait tête dans la poussière, rêves sous terre.

– Dis, petite fée… pourquoi restes-tu ? Tu as du mérite, tu sais ?

– Du mérite ? Pourquoi ? Parce que je reste à la seule place que je sais être mienne ?

– Non. Parce que tu restes à la seule place qui est mienne. Et que tu t’y plais et y construis petit à petit ton coeur.

– Ne pose pas tant de questions, méchant loup. Dors… Je soufflerai sur tes rêves, l’apaisement dont ils ont besoin.

– Et toi, qui apaisera tes rêves… qui te donnera cette force que tu donnes aux autres sans prendre le temps de la reconstituer…

– chuuuutttt !

Là, au coeur de la nuit, sa petite main caressant un poil grisonnant et pulsant sous une respiration saccadée, la petite fée essuyait une larme. De bonheur cette fois. Elle commençait à croire en la résurgence.

Résurgence d’attraction… résurgence de sentiments, de force et de vitalité. Résurgence d’un futur qu’elle gommait de plus en plus pour l’oublier. Résurgence de cette dualité qui faisait l’essence même de leur démentielle alchimie.

Il dormait. Enfin. Il s’était recroquevillé sur lui-même et ses pattes formaient un petit espace. On aurait dit qu’il lui avait réservé une place. Pile à la bonne taille. Un minuscule espace fait sur-mesure et un appel au repos. On aurait dit que même dans son sommeil, il l’attendait. Avait-il dormi chaque nuit avec elle, blottie dans sa chaleur ? Elle s’y glissa. L’endroit était fait pour elle. Pas un millimètre de trop. Fait pour elle.

– Bonne nuit, mon loup. Tu n’as rien de méchant… quand le remarqueras-tu ? Tu n’es l’ennemi que de toi-même.

 

 

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