Conte nocturne

– Je sais que tu n’y crois pas, lui disait-elle. Je sais aussi que je ne te changerai pas et que ce n’est pas dans mes intentions. C’est vrai, ton côté ultra réaliste, négatif ou vraiment pessimiste fait de toi la personne que tu es. Mais… tu comprends, dans certains moments, j’ai besoin d’un tout petit signe, un mot, un sourire ou un geste, qui me font croire qu’au fond de toi, une petite parcelle d’espoir subsiste.

J’ai besoin de croire que, de temps en temps, tu peux imaginer me voir avec les ailes qui fonctionnent moins bien et se rident avec le temps, que tes réflexes de loups se feront moins vifs mais que tu seras toujours là pour protéger mon univers de fée. J’ai besoin, certains soirs, que tu aies autant envie que moi que la féérie survive. J’ai besoin de savoir que tu ne dénigres pas, ni n’a peur, de mes fééries et protections bâties comme autant de murailles autour de mes si frêles ailes de fée. J’ai besoin de savoir qu’une partie de toi aimerait y croire, même si la tétanie peut t’envahir à l’idée de ne plus tout rationaliser. J’ai besoin de connaitre ton lâcher-prise sur la vie, l’avenir… ce côté dont j’ignore même s’il existe chez toi.

J’aimerais bien, tu sais, lui dit-elle… j’aimerais tant que nos rêves continuent à être si opposés qu’ils finissent par se rejoindre. J’aimerais bien qu’on avance au lieu de se demander quand la chute arrivera, à quelle vitesse… j’ai envie de profiter de la vie, de ce qu’elle offre… de me projeter avec un loup qui perdra peut-être ses dents, qui aura le poil blanc, qui avancera péniblement… mais qui aura vécu.

Je sais que tu crois en moi, en mes projets, en ce que j’accomplis et que tu aimes le fait que j’y croie pour deux. Tu dis que demain est fait de vide et d’inconnu… je ne peux que te répondre que le vide, ça se comble. Je ne veux pas qu’il m’envahisse, même si des fois il gagne du terrain et transforme mes rêves en néant.

– C’est vrai. Je ne peux pas. Tu attends de moi des engagements qui ne sont pas les miens. Je ne peux pas me projeter demain si je ne me prépare pas à  perdre. À te perdre. Tu as tellement d’illusions, ma douce fée… Protège-toi.

– Je ne veux pas d’engagement, juste de temps en temps l’impression de ne pas être seule à y croire et je ne veux pas me protéger de toi. Je ne veux pas envisager qu’il faille me protéger de nous.

– Tu sais très bien que j’y crois. Juste… moins catégoriquement que toi. Je suis et resterai loup, tu sais ?

–  Il est des palliatifs au manque d’espoir, plus puissants que le monde lui-même. Je sais que tu comprends de quoi je parle. Use-les ?

– Tout palliatif ne peut remplacer cette impression de chute. C’est inévitable. Les êtres humains, tout comme les fées je suppose, un jour, s’éloignent. ça fait partie des lois universelles. La gravité. On finit forcément un jour par être attirés vers le bas.

– Je ne suis pas d’accord. Tu sais bien que l’élévation et le fait de cultiver la vie autant que les sentiments, peut faire d’une existence, un cheminement hors du sol. Enfin, tu sais que je le pense. C’est peut-être ça qui te fait peur… mais moi, c’est mon moteur, tout comme toi tu es le mien. Quoi que tu dises, et quelle que soit ta peur, c’est bien ça.

– Un jour, tu m’as dit avoir peur de me perdre. Tu te rappelles de ma réponse, jolie fée ? Dis-moi que tu te rappelles…

– J’ai du mal. Là, tout de suite, j’ai du mal. Sauve-moi du vide… repêche-moi dans le néant… s’il te plait… Les loups ne peuvent pas qu’être méchants ou mordeurs… ils sont si beaux, si majestueux.. si nobles…

– Réfléchis, bon sang ! Réfléchis !

– Je ne sais pas. Je ne sais plus, je ne sais plus rien. Je me noie mais on dirait que tu ne comprends pas.

– Bien sûr que si, je comprends. Et ça a le mérite que tu puisses, une fois dans ton existence de miniature ailée… te mettre à ma place.  Le jour où tu m’as dit que tu avais peur de me perdre, je t’ai répondu que moi, je n’avais pas peur.

– Pourquoi… mais… pourquoi ?

– Parce que ça n’arrivera pas.

– Voilà, encore une fois, tu as réussi sans même le vouloir… à me calmer. C’est sans doute ça qui fait notre force: nos faiblesses réunies, ne forment qu’une unité volage mais contrôlable. Merci méchant loup… une larme et demie a coulé. Peut-être même plus. Mais… je porte la marque de ta griffe sur une aile, de quoi me rappeler qu’encore une fois au bord du ravin, tu as su me rattraper. Griffe moi encore des centaines de fois s’il le faut, mais reste toi-même. ..Dans tout ce contraste qui fait de toi un loup torturé, insupportable par moments… mais présent quand il le faut et même quand ce n’est pas vital.

– Rappelle-toi, petite fée… je te l’ai gravé dans la neige un soir de doutes… ça n’arrivera pas. Je ne peux ni te faire de promesse ni répondre à tes rêves… mais je sais que j’y tiens autant que toi. ça n’arrivera pas. À nous de faire vivre cette phrase…

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s