Jalouse, elle ?

Ce soir-là, elle décida de relever son e-mail. Comme chaque soir.

Comme chaque soir, elle attendait un signe de sa part. Depuis qu’elle avait quitté ses bras autant que sa ville, elle se raccrochait quelque peu à ces échanges virtuels, en attendant les prochains rapprochements épidermiques. Les centaines de kilomètres les séparant, n’aidaient pas à sa sérénité nocturne.

Ce soir-là encore, elle eut le coeur à l’arrêt quelques secondes, le temps d’apercevoir son nom dans la liste des messages reçus.

Comme d’habitude, elle ferma les yeux, le temps que le message s’ouvre, pour bien mettre se remettre son visage en tête, imaginer l’odeur de son parfum et rêver ses mains sur ses épaules en doux massage.

Elle lut.

Elle relut.

Elle lut une troisième fois.

Et là, pour la première fois de sa vie, elle réalisa qu’elle pouvait être jalouse. Elle. Jalouse. Elle relut encore une fois son e-mail. Il n’y disait rien de spécial. Rien de méchant. Ses mots étaient gentils, amoureux, doux et attendrissants. Mais une phrase la mettait dans tous ses états. Une seule. Pourtant le mail faisait une bonne vingtaine de lignes.

Si quelqu’un avait cru Cathy jalouse, il n’y a de cela que quelques jours, elle aurait ri. Et elle aurait eu raison. Elle ne l’était pas. Elle ne l’avait jamais été. Trompée une fois ? Qu’importe.

Et pourtant, en lisant ce mail, son coeur avait eu comme une crampe. Un malaise de fierté. Un évanouissement de peur.

Elle avait eu, une seconde, une peur panique de le perdre. Qu’il s’éloigne. Qu’elle perde sa place dans ses rêves.

Bien sûr, elle avait confiance en lui, plus qu’en quiconque et là n’était pas la question. Elle avait confiance en lui, mais en aucun cas confiance en les gens qui auraient pu l’aborder, le séduire, le charmer, l’emporter dans un songe, le tenter… Décèlerait-il leurs stratagème tout en étant amoureux ? Lorsque lui même admettait que l’amour le rendait peu méfiant, en retard sur la prudence…

Là, en lisant ce mail, elle aurait pu tomber malade de jalousie. Rien qu’à cause d’une phrase. Une seule.

Elle ferma les yeux, essuya une simple et unique larme, et tenta de lui répondre avec tout le respect qu’elle lui devait, toute l’affection qu’elle lui portait et tout l’amour qu’elle lui réservait, à lui et lui seul.

Jalouse, elle ? On aura donc tout vu.

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