Extrait « Tes roues contre mon coeur »

Tout avait commencé là, à Annemasse, en Haute-Savoie. Une sorte de ville dortoir, entre deux pays et deux styles de vie diamétralement opposés. Les Porsche Cayenne côtoyaient des voitures de type d’avant-guerre. Les traders en costume prenaient le même bus que les femmes au foyer au parfum d’orient et l’élégance africaine marchait à côté de la culture des jeunes européens lycéens. J’y avais un appartement, très cher et très petit, mais en centre ville. J’avais pensé m’y marier, la mairie étant très correcte et les lieux aux alentours bien jolis pour des photos. Je comptais déménager en campagne dès que je l’aurais épousée. Sylvie. Mais seulement, elle avait décidé que c’était également là que tout finirait.

Elle ne va pas dire ça, non, ne dis pas ça, Sylvie… me chuchotait ma petite voix intérieure.

–       Je te quitte, Damien. Tu comprends, ce n’est plus possible. On ne va plus dans le même sens, on n’a plus les mêmes buts. Tu veux des enfants et moi je veux voyager. Non vraiment, ce n’est plus possible.

–       … et l’amour dans tout ça?

–       Oh, ne mélange pas tout, je t’aime mais ça ne suffit plus.

–       Ça ne suffit plus? Et si à moi, c’était tout ce qu’il fallait ?

–       À toi? Encore toi! Tu vois, tu n’as même pas dit «nous».

–       Évidemment que je n’ai pas dit «nous», tu me quittes!

–       Ça tourne en rond, je m’en vais. Salut!

Retiens-la, Damien, retiens-la. Fonce ! Pourquoi tes pieds restent figés ?

C’est ainsi qu’elle partit. Sans même se retourner. Sans claquer la porte. Sans un cri. Après cinq ans de vie commune, un chat et un jardinet, elle n’emporta que ses habits. Finir comme ça, c’est con. Mais c’était son choix.

Personne n’est mort à part mon couple. Mais au bout de cinq ans, j’étais coutumier de vivre avec. Sa perte méritait bien un whisky.

Je me servis un verre. Puis deux, était-ce trois ? Mon souffle se fit plus rare, le plafond et les murs commencèrent à tourner et à se jeter contre moi, et je perdis la notion du temps. Puis, le vide.

Lorsque je me réveillai, j’étais dans une chambre d’hôpital et le visage au-dessus du mien n’était pas le sien mais celui de Nicolas, mon meilleur ami.

Il m’expliqua que d’après ce qu’il avait vu en arrivant chez moi, j’avais bu trop de tequila et que j’étais tombé entre le salon et la cuisine (sans doute en allant rechercher du citron) et que ma tête avait heurté le comptoir du bar. Traumatisme crânien, qu’ils ont dit. Mouais, un grand mot pour dire que ma tête avait pris un méchant coup. Ceci dit, ça m’a rendu service. On me shootait de calmants et je n’avais pas le temps de penser à Sylvie.

Sylvie ! Il faut quand même que je vous raconte !

Elle était rousse, avec des jambes interminables et des yeux aussi bleus qu’un lagon du Pacifique Sud. Jamais de ma vie je n’aurais rêvé pouvoir l’intéresser, mais ce fût elle qui me fit la cour. Assidument. À tel point que je fis semblant de ne pas le voir pour qu’elle y mette plus de coeur.

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